

J'ai interviewé à Kinshasa cette chanteuse originale de 29 ans, au visage de chat et à la voix hantée, dont vient de sortir le 2ème CD : « L’envol ».
Epaules hautes et corps fin, Monik Tenday, auteur-compositrice et guitariste, offre au Congo une figure de chanteuse totalement inédite, dans cet univers musical congolais où les femmes, soit inspirent les chansons des hommes, soit les font valoir par de trépidants roulements de reins. De quoi inspirer la curiosité, sinon l’enthousiasme…
Quand elle me raconte son histoire, Monik Tenday parle d’une voix détachée, toujours plongée dans son éberluement de l’époque : ce qui lui était arrivé, lui arrivait-il vraiment ou allait-elle se réveiller ?
De quoi s’agit-il ? En 2007, Sergueï Kimvi est, à Kinshasa, le programmateur des artistes-musiciens pour le festival Cœur d’Afrique. A ce moment, Monik Tenday, professeur de guitare classique à l’Institut National des Arts, tente depuis quelques temps de se lancer parallèlement dans une carrière de chanteuse.
Elle rencontre Sergueï et déploie des trésors de conviction pour le convaincre de la laisser chanter devant le public du festival. Seulement, la programmation est déjà bouclée. A la fin, sans l’avoir entendue, Serguei lui donne sa chance : mais, elle n’a que 15 minutes, et bien sûr, pas de contrat…
Monik Tenday, guitare en main, se présente alors devant le public. Le reste relève du miracle : la salle entière se lève et ovationne à tout rompre. L’enthousiasme est délirant… Saisissant la balle au bond, Fabrice Masuka, le truculent directeur du festival Cœur d’Afrique, convainc sur-le-champs le représentant de BRACONGO, célèbre société brassicole de la place, de financer le CD de cette Cendrillon d’un nouveau genre… Le temps de faire ouf, voilà Monik Tenday propulsée dans l’arène du show-bizz et, trois ans après, s’interrogeant encore sur ce miracle !
Pourtant, disons que cette réussite est tout sauf imméritée. Des débuts à 14 ans dans le groupe musical familial, sous l’égide d’un père pasteur chanteur-guitariste, ont conforté ses dons de guitariste et d’auteur –compositrice. A
Lubumbashi, les Tenday, dans le domaine de la musique chrétienne, sont incontournables. Mais, avec le temps, d’autres préoccupations (mariage, carrière, enfants…) éloignent de la musique les sœurs et les frères de Monik.
Seule parmi tous, elle garde, en elle, irréductible, sa vocation musicale. Qui la fera aller à Kinshasa poursuivre des études de guitare classique à l’Institut National. des Arts. Avec, à la clé, un premier succès : être retenue, en fin de cursus, comme professeur. Et ensuite, la consécration : son premier CD , récompensé par le Trophée de l’Excellence Mwana Mboka, en
2009.
Monik Tenday s’impose dans un registre inédit. Elle est la première, au Congo, à chanter, tout en s’accompagnant à la guitare, bien qu’il y ait eu, par le passé, un groupe musical féminin éphémère, où il y avait des guitaristes-chanteuses: les FAZ Bolingo. Et, avec Barbara Kanam, la première à se démarquer, dans la génération actuelle, de ces chanteuses créées de toutes pièces pour les besoins du show-bizz, et, qui, de Mbilia Bel à la fameuse MJ30 de triste mémoire, étaient plus la proprièté de leur pygmalion ou pygmalionnne, que des personnalités autonomes.
Monik Tenday est-elle sur les traces de Mpongo Love, d’Abeti ou de Tshala Mwana ? Sans complexe, elle répond oui, se sentant bien dans sa peau de femme musicienne, confortée par l’aura que lui donnent, auprès de ses collègues, ses fonctions professorales. Mais, selon elle, plus qu’à ses célèbres aînées, son registre s’apparente à celui d’un Papa Wemba, son idole, qui a, comme elle, l’esprit d’un folk métissé et vivifié par ses racines africaines.
Monik Tenday vient de sortir son second CD. Le titre, évocateur, « L’envol », égrène 8 titres composés, moitié par elle, moitié par son producteur Sergueï Kimvi. Mon préféré est : « Umoja » (union en swahili), chanson programmatique, plongée dans l’humus traditionnel, où se fait jour son obsession pour la note juste et les nuances de l’orchestration vocale et
instrumentale, dont déplore-t’elle, sont dépourvus trop d’orchestres à succès, au Congo.
Monique Phoba
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